Ne vous perdez pas, ne vous noyez pas.
Chez Jacques, tout se passe sous la surface. Là où se cache le nerf sous la peau, l’incertitude, l’obscurité des indécis.
Car rien n'est tel qu'il est montré.
Tout comme leur auteur, chaque image finit rapidement par distiller son trouble, alors que le ticket d'entrée n'annonçait rien d'autre qu'un raffinement certain, loin de toute tentation du spectaculaire, un accueil velouté des sens, voire une invitation à la contemplation sereine.
Mais non. Jacques n'est pas un contemplatif. S'il a la courtoisie de nous convier dans son univers par la porte rassurante de scènes presque familières, ce n’est que pour mieux nous asséner leur complexité viscérale. Détestant la simplicité autant qu’il y aspire - et ce n’est pas le moindre de ses paradoxes - il nous fait basculer par d’imperceptibles glissements dans l’antichambre de ses angoisses, aussi lumineuses soient-elles.
Cet architecte d’une vision multiple traque ce qui lui ressemble et lui échappe, à travers des thèmes d’une constance obsessionnelle. La mer, aussi limpide qu’inquiétante ; l’urbanisme mouvant des mégapoles chinoises ; l'artiste qui se confond avec ses œuvres puis avec la nature, le métal et le béton d’une Amérique fragmentée, la femme insaisissable et fugitive...
Autant de chapitres à inscrire encore et encore dans son registre intime, trophées visuels baignés d’une enveloppe éblouissante dont l’origine ne fait aucun mystère : sa Provence natale, berceau aromatique dont toutes ses photos semblent imprégnées, quelles que soient l’endroit du monde où elles furent prises.
C’est ainsi que pourrait se nouer l’équation vitale d’un photographe en bascule perpétuelle entre ses deux pôles : hantise lumineuse et liquide de perdre pied, tentation oscillante de perdre enfin l’équilibre, de lâcher prise.
Bernard Lachaud
